Encore du changement, mais juste de lieu
Au vu de la fréquentation, presque nulle, de ce petit espace.
Vu ce que ça me coûtait pour louer l’espace où j’avais hébergé mon wordpress.
Vu les migrations à faire, assez régulièrement.
J’ai décidé d’être fainéant.
Et de migrer sur l’espace wordpress.com.
Du coup les images des posts ont pétés. Mais je vais les remettre, rapidement.
Et peut-être que je vais me motiver assez pour me remettre à écrire régulièrement ici.
Espérons…
Le cycle Honor Harrington
J’ai pendant trop longtemps arrêté d’écrire des reviews ici. Du coup, pas mal de mes lectures n’ont pas été reviewés. Et parmi celle-ci, il y a tout les tomes du cycle de Honor Harrington, entre le tome 4 et les deux volumes du tome 11 (que je viens de recevoir, merci amazon).
Pour palier un peu à ce problème, je fais donc aujourd’hui un big billet qui parle de tout le cycle en lui même.
Cela me donnera l’occasion de l’éditer, pour donner les liens vers les nouvelles éditions des bouquins versions brochés puisque la maison d’édition l’atalante va rééditer tout les tomes avec de nouvelles couvertures, plus belles, parait-il.
Mais revenons-en au cycle lui même et à cette chère Honor Harrington. Autant le dire tout de suite, je suis totalement fan de ce cycle de bouquin. Il y a très très peu d’auteur qui ont su me tenir en haleine aussi longtemps, sans que je ne me finisse par m’ennuyer à un moment un ou autre. Asimov avec le cycle de fondation et des robots et robin hobb avec l’assassin royal sont deux parmi ceux qui ont réussit ce tour de force. Hé ben, David Weber, aussi, il y est arrivé. C’est simple, j’ai dévoré chacun des tomes que j’ai acheté, les lisant parfois presque d’une traite, ne faisant plus que ça, tellement l’univers d’Harrington est captivant.
Le cycle d’Honor Harrington prend place dans un très très lointain futur, alors que l’humanité a essaimé l’espace. Deux grands blocs, presque deux civilisations pourraient-on dire, se font face. Manticore et la république du Havre. Manticore est une royauté éclairée, avec une reine intelligente et un peuple heureux. La république elle, est un vrai repère de mécréant, de fainéants, d’illettrés qui vivent au crochet de la société et de corruption. Pour survivre, la république dévore petit à petit ses voisins, ce qui forcément va l’amener à vouloir conquérir la riche monarchie Manticorienne.
Et c’est là qu’intervient Honor, qui au début du premier tome est une toute jeune officier de la marine spatiale manticorienne. Au gré des tomes, elle prendra du galon, sera faite prisonnière, tombera amoureuse, sera trahie, battues, blessée presque à mort, mais quoi qui lui arrive, elle encaissera et se relèvera toujours, pansant ses blessures et faisant front.
Voilà pour un rapide portrait d’Honor. Si mon paragraphe précédent peut paraître un peu manichéen, c’est parce que les bouquins le sont parfois. C’est d’ailleurs un des seuls reproche que je pourrais faire au cycle de Weber. Manticore est le grand gentil, le Havre le grand méchant et le système politique du grand gentil est forcément bon alors que celui du grand méchant est forcément mauvais. Et on comprend bien que l’auteur est persuadé de cela.
A part cela, tout est excellent. Les batailles spatiales sont décrits toutes en détails sans être gadget ou ennuyeuses. Les différents personnages sont dosés comme il faut, aucun n’est bâclé, même les troisième ou quatrième rôles. Quand à l’héroïne, même si effectivement, elle finit toujours par se relever, elle n’en prend pas moins des coups, qui lui font parfois très mal. Et ça la rend humaine, attachante, malgré toute ses réussites. Et c’est pas si souvent que ça qu’on croise des héroïnes qui sont humaines, qui souffrent, qui se trompent parfois et qui ne réussissent pas tout, du premier coup tout le temps..
Vous l’aurez compris, je vous le conseille donc, vous pouvez y aller, les yeux fermés (n’oubliez pas de les rouvrir pour lire tout de même)
Exultant
Ce bouquin est le tome 2 du cycle des enfants de la destinée (le premier tome étant Coalescence).
On retrouve plusieurs ingrédient du premier tome à savoir les coalescence et le style très hard science de l’auteur. J’ai souvent peur quand je commence à lire un bouquin étiqueté hard science. J’ai parfois l’impression que les auteurs qui se prévalent de ce courant littéraire se sentent obligés de parsemer leur bouquins de paragraphe indigestes divaguant sur des points précis de théorie physique avant-gardiste. Et tant pis si les lecteurs n’y comprennent rien (à la fois parce que bon, pas tout le monde n’a un doctorat en physique et parce que bon un bon auteur de SF n’est pas forcément un bon pédagoque)
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Mais là, Baxter arrive à ne pas être trop ennuyeux et on lit sans vraiment s’en rendre compte ses explications sur la théorie des cordes ou autre. Bon je suis pas sur que la plupart des lecteurs en retiennent grand chose (en tout cas ce n’est pas mon cas) mais ca ne nuit pas à l’immersion.
L’histoire de ce second tome se passe dans un très très lointain futur (plus de 20 000 ans dans le futur). L’humanité a conquit presque toute la galaxie, éradiquant toutes les races qu’elle a croisé sur son chemin. Elle se bat maintenant contre son dernier ennemi, les Xeelees. Cette guerre dure depuis plus de 3000 ans et cela fait bien longtemps que le front ne bouge plus. Les Xeelees sont retranchés dans le centre de Galaxie et déciment par millions la chair à canon humaine que la Coalition envoie sans discontinuer.
L’humanité est figée. Figée dans le présent, ayant oublié presque tout son passé et incapable d’imaginer un autre futur que celui qui se limiterait à une répétition du présent.
C’est dans ce carcan étouffant qu’un événement, pourtant minime va tout changer. Un jeune pilote arrive à capturer un vaisseau Xeelees…
Le bouquin, vous l’aurez compris raconte donc l’histoire de l’enfant soldat pilote qui a réussit l’exploit de capturer le Xeelees. On va le suivre pas à pas, découvrir les faux semblant et les manœuvres politique de ceux qui , sur Terre, gouverne la Coalition. On le voit grandir, pas à pas, tandis que sa vision du monde et des choses changent peu à peu.
Pour finir, c’est un bon bouquin. Très différent du tome 1, que j’avais adoré (et qui se passe lui à notre époque), tout en restant très similaire. Un seul petit bémol, que je fais souvent à ce type de bouquin, on a parfois un peu l’impression que tout va trop vite, trop bien. Un problème, op tout de suite une solution. Une crasse, mais non voyons, on est les héros, il peut rien nous arriver, op, tout se résout sans trop de difficulté … Alors c’est un peu normal me direz vous. Oui, mais bon, voilà, c’était mon petit bémol pour la route.
Les clefs d'une destinée, explication
Les clefs d’une destinée est un très vieux texte. En fait je crois que je l’ai écrit juste après avoir écrit la cantatrice. Il parle des différences qu’il peut y avoir dans la façon de ressentir que l’on à ‘réussit sa vie’. Dans les multiples façons que l’on peut avoir de ressentir du bonheur en travaillant, quelque soit le travail que l’on peut faire.
Et de l’incompréhension que l’on peut ressentir quand l’on tente de calquer sa proche satisfaction, ses propres besoins sur les gens qui nous entourent. C’est surement un texte très naif, mais bon,j’étais jeune.
Les clefs d'une destinée
Daniel était heureux. Assis dans son fauteuil en cuir de PDG, au 149ème et dernier étage du gratte-ciel qui hébergeait le siège de sa société, la Global Corps, il fumait un bon cigare en attendant que le téléphone sonne. Il était enfin sur le point de réaliser la grande tâche pour laquelle il était né.
Car, depuis qu’il était petit, Daniel était persuadé qu’il avait une mission à accomplir, une mission qui changerait l’histoire de l’humanité. Longtemps il avait cherché sa voie, cherché ce qu’il devait faire pour réaliser sa destinée.
La compréhension de sa mission, plus tard il parlerait d’illumination, lui était finalement venue un jour d’automne alors qu’il était encore étudiant. Il était au volant de sa voiture et comme chaque matin, il attendait que le feu rouge en bas du boulevard qui jouxtait son immeuble veuille bien passer au vert. Là, comme chaque matin, il le vit. Un balayeur, employé par la municipalité, qui armé de son gros balai en plastique tentait de rassembler en un gros tas les feuilles mortes qui jonchaient le trottoir. Comme tous les jours, le balayeur portait un gilet phosphorescent signalétique et comme tous les jours il avait l’air d’être le plus malheureux des hommes. Il accomplissait les mêmes gestes mécaniques, en rythme, à la manière d’un automate que l’on aurait remonté tous les matins et déposé sur le bord du trottoir. C’est là, en observant ce petit employé municipal insignifiant, que Daniel trouva la raison pour laquelle il était né. Il allait débarrasser le monde des travaux inintéressants et barbants. Il allait tordre le cou à toutes les corvées, à toutes ses professions manuelles qui empêchaient tant de gens de vivre vraiment et d’avoir un vrai travail gratifiant et nécessitant de l’intelligence et de la réflexion.
Depuis ce jour, bien des années avaient passé, mais Daniel n’avait jamais oublié sa grande mission. Il s’était rapidement rendu compte que pour accomplir sa quête, il devrait être riche, immensément riche. Patiemment, à la manière d’une petite fourmi travailleuse, à force de travail, de coup de chance et parfois aussi de pots de vin, il avait tissé sa toile sur la Terre, la Lune et Mars. Petit à petit, sa fortune avait grossi, grossi jusqu’à en devenir inimaginable. Dorénavant la moitié de ce que vous achetez, consommez, jetez avait été produit, manufacturé et vendu par la Global Corps.
Aujourd’hui, il était enfin suffisamment riche. Il allait pouvoir commencer à réaliser la grande mission de son existence. Daniel avait patiemment planifié la réalisation de son projet. Il allait commencer par s’occuper des professions artisanes, puis il étendrait son offre aux autres professions manuelles. Les spots publicitaires avaient commencé dès tôt le matin à envahir les différents réseaux de communication. Ils expliquaient que la Global Corps se proposait d’offrir gratuitement à tous les artisans une machine robot qui effectuerait tout leur travail à leur place. Il n’y avait qu’une condition à satisfaire pour bénéficier de ce cadeau, s’inscrire à un cours de formation de la Global Corps ou à un ou plusieurs des nombreux services de loisirs de la société de Daniel. Il attendait d’ailleurs de plus en plus nerveusement le coup de téléphone de son bras droit qui lui communiquerait les premiers résultats de la campagne. Le téléphone sonna enfin, faisant sursauter Daniel. Il décrocha. Les premiers résultats étaient bons, meilleurs que prévus même. Des centaines de milliers d’artisans avaient contacté les standards de la Global pour se faire livrer une machine-robot.
Les semaines qui suivirent furent de la vraie folie. Les gens avaient massivement adhéré aux propositions de la Global dont les usines tournaient en sur-régime pour satisfaire tout le monde. Tous les médias ne parlaient plus que de cela, du don généreux que la Global Corps faisait à l’humanité et le fantastique progrès que cela représentait pour la société humaine. Daniel, aux anges, donnait interview sur interview expliquant à qui voulait l’entendre qu’il avait toujours su que c’était le but de sa vie, qu’il se savait destiné à cela. Le peu de temps qui lui restait, il le passait à inaugurer des installations de nouveaux types de machines robots. Il eut ainsi le plaisir de mettre en marche la machine robot de son frère, fabriquant de clef de son état et maintenant libéré de son carcan de travailleur manuel. Ce fut un grand moment d’émotion pour Daniel qui était certain d’offrir l’égal d’une renaissance à son frère. Lorsque Daniel confia au cours d’une interview sur une des chaînes interplanétaires qu’il comptait ne pas s’arrêter là, mais qu’il allait fournir des machines-robots pour toutes les professions manuelles existantes, ce fut le délire. On érigea des statues de Daniel, on proposa de créer un jour férié pour se rappeler de son action. Il y eu bien de part et d’autres de faibles voix pour protester, pour se plaindre, mais elles furent bien vite étouffées par la liesse générale.
Plusieurs mois passèrent, puis quelques années. Daniel était comblé, certain d’avoir réussi sa destinée, accompli son oeuvre et intimement convaincu d’avoir aidé l’humanité, d’avoir rapproché son espèce du bonheur pour tous. Et puis un jour, il décida d’aller rendre visite à son frère pour voir ce qu’il faisait de tout le temps libre que Daniel lui avait offert. Daniel informa sa secrétaire qu’il ne serait pas là de l’après-midi et demanda à son chauffeur de le conduire chez son frère. En chemin il se demanda ce que son frère faisait. Il se rappelait que durant leur enfance, son frère avait toujours aimé regarder les étoiles dans le ciel les douces nuits d’été. Peut-être qu’il avait repris les études pour devenir chercheur en astronomie, ou alors il s’était peut-être mis à écrire des romans, Daniel se rappelait que son frère adorait lire tous ces tas de niaiseries plein de magie, de fées et de sorcières. Lorsqu’il arriva devant la maison de son frère, il remarqua une grande enceinte verte et jaune où il y avait écrit : « La boîte à clefs ». Daniel se demanda ce que cela voulait dire. Il frappa à la porte, mais personne ne répondit. La porte étant ouverte, il entra. En parcourant la maison, il arriva enfin dans ce qui avait l’air d’être le bureau de son frère où effectivement il le trouva penché au dessus d’une machine à l’air rustre. Il ne comprit pas instantanément ce qu’il voyait. Son frère était-il en train de construire une machine révolutionnaire ? C’est à ce moment là que son frère remarqua sa présence et le salua.
« Bonjour Daniel, tu as vu comme elle est belle ? »
Daniel s’était rapproché de l’établi de son frère. Observant de plus près la machine, il la reconnu enfin.
« Mais… Mais c’est une machine à fabriquer les clefs… »
« Oui, je l’ai trouvé dans une vieille brocante, j’ai utilisé toutes mes économies pour l’acheter. Elle était en piteux état, mais j’ai pu la réparer. »
« Mais, mais… »
Le frère de Daniel, pris par la passion, ne tenait pas compte des mots que prononçaient difficilement son frère. Il ne remarqua d’ailleurs pas plus la mine de plus en plus incrédule et catastrophée qui se peignait sur le visage de Daniel.
« Et puis j’ai recommencé à fabriquer des clefs. Oh bien sûr, j’ai mis du temps pour reprendre le tour de main et puis la machine que ta société m’a donné fabrique des clefs très fonctionnelles et bien plus rapidement que moi.
Mais je rajoute des petites enluminures, des petits motifs sur les clefs.
Et tu sais quoi ? »
« Non… Non, quoi ? », arriva difficilement à articuler Daniel qui avait l’impression de sentir toute sa vie et toutes ses certitudes s’écroulaient autour de lui.
« Les gens me les achètent, ils se pressent pour que je leur fasse de jolies clefs personnalisées »
Daniel, qui avait un peu repris ses esprits, arriva à formuler une courte question.
« Mais pourquoi, alors que tu pourrais faire tant de choses, pourquoi perdre ton temps à fabriquer des clefs ? ».
Son frère regarda Daniel comme s’il regardait un petit enfant à qui il fallait tout expliquer.
« Mais parce que j’aime cela Daniel, j’aime fabriquer des clefs et je ne veux rien faire d’autre. Utiliser le temps libre que m’a donné ta machine pour m’amuser ou suivre des cours plutôt inutiles, ça allait bien un temps. Mais ensuite, j’ai voulu recommencer à faire quelque chose d’utile et que j’aime. Alors, j’ai acheté la machine. Et puis, je ne suis pas le seul, tu sais, à aimer fabriquer des clefs. A partir de lundi prochain, j’aurai un apprenti qui viendra apprendre le métier ».
Souffre douleurs, décryptage
Souffre douleurs est le dernier des textes que j’ai écrit, il doit bien y avoir 2 ans, peut-être un peu plus. Si je le publie maintenant, c’est bah, parce que je l’aime bien
. Et qu’il est, enfin je trouve, un peu plus abouti que les textes plus vieux (heureusement me direz vous).
J’avais pour objectif d’écrire plusieurs texte dans la même veine avec certains personnages récurrents (comme l’antiquaire) et avec toujours ce mélange entre réel et iréel, cette légère odeur de ‘magie’, de féérie.
Peut-être un jour, qui sait …
Souffre douleurs
« Monsieur Paul, revenez s’il vous plait, nous devons revoir quelques détails du projet Brutek » La voix qui avait prononcé cette phrase était sèche, cassante, une voix de sadique digne d’un mauvais film d’horreur.
Monsieur Paul (car le trentenaire légèrement voûté qui venait de sortir du bureau de son supérieur, ses rouleaux de plan sous le bras était Monsieur Paul) grimaça sous une vicieuse attaque de son début d’ulcère et soupira intérieurement.
Il se retourna, faisant face à l’homme à qui appartenait la petite voix de sadique.
« Le projet Brutek ? La réunion de travail à ce sujet n’est-elle pas prévue dans trois jours ? » répondit-il d’une voix lasse.
« Que la réunion soit dans trois jours ne m’interdit pas de vouloir en parler avec vous Monsieur Paul. J’ai étudié certains des plans que vous m’avez remis et j’ai remarqué des erreurs, digne d’un débutant. C’est inacceptable. Corrigez les avant la réunion ! Et ne me dites pas que vous n’aurez pas le temps. Je ne suis pas responsable de votre inaptitude. Vous dormirez moins, cela ne vous ferra pas de mal de ne pas perdre autant de temps en ronflements. »
Monsieur Paul soupira à nouveau, un soupir presque muet pour ne pas que son supérieur ne l’entende et entra dans le bureau de celui-ci, s’apprêtant à subir à nouveau un long flot de remontrances et de menaces.
Paul Luksi travaillait depuis dix ans dans ce grand cabinet d’architecte. Lorsque quatre ans plus tôt, il a été affecté à l’équipe de Richard Krelme, il en avait été ravi. L’équipe de Krelme était en effet celle qui s’occupait des plus grands projets, à l’international. Barrages hydroélectriques, viaducs, grattes-ciel, tous les gros contrats étaient pour l’équipe de Krelme.
Bien sûr Richard Krelme avait une odieuse réputation. Sadique, irascible, lunatique, colérique, haineux, aucun mot n’était assez violent pour le qualifier.
On racontait dans les couloirs du cabinet qu’il avait poussé plusieurs membres de son équipe à la démission ou pire, au suicide.
Paul n’avait pas écouté les rumeurs, les prenant pour les exagérations de jaloux et il avait accepté la mutation.
« J’aurais mieux fait d’écouter les bruits de couloir et de ne jamais accepter cette putain de promotion » pensait-il en rentrant chez lui ce soir là, ou plutôt vu l’heure, ce matin là.
Furieux, il gara sa voiture dans le parking souterrain de son immeuble, manquant d’emboutir la voiture garée sur la place voisine lorsque son début d’ulcère lui envoya une longue onde de douleur qui le transperça.
« Cet ulcère finira par vous tuer » lui avait dit son docteur, mais nul doute qu’il ne pensait pas à un accident de voiture à ce moment là.
« Il me demande de refaire toute la partie ouest, à trois jours de la réunion, tout ça parce qu’il trouve le trait trop épais et mes notes explicatives illisibles »
« Quel connard, je vais devoir travailler jour et nuit. Je vais finir par lui dire ce que je pense de lui, vraiment, et ce jour là… » grognait Paul tandis qu’il rentrait dans son petit appartement. Il savait, bien entendu, que jamais il ne dirait quelque chose à son chef. Krelme était très bien vu de la direction. Un mot de lui pouvait faire virer n’importe qui. Il prétendait même pouvoir vous empêcher de retrouver un jour du travail.
Mais bien que Paul était conscient qu’il ne se rebellerait jamais, qu’il ne dirait jamais ses quatre vérités à son patron, ces douces rêveries étaient l’une des choses qui lui apportaient un bien maigre réconfort à son enfer quotidien.
L’après-midi était doux, presque chaud pour ce samedi printanier. Paul, de bonne humeur, marchait dans le centre ville en sifflotant. La réunion de la veille, pour le projet Brutek, s’était merveilleusement passée. Les clients étaient ravis, n’ayant rien à redire, félicitant même Paul pour son travail. Krelme s’était senti obligé de reconnaître qu’effectivement, les plans étaient parfaits. Mais en disant cela, il avait lancé un regard à Paul qui l’avait glacé. Le regard de Krelme était clair. Il ferait payer cher à Paul ce compliment, très cher.
Mais aujourd’hui, en se levant, Paul avait décidé d’oublier le boulot et cet enfant de putain de chef. Il avait décidé qu’il allait, pour une fois, passer l’après midi à faire ce qu’il adorait par dessus tout, chiner.
Avant d’être muté en Enfer, Paul, chaque samedi, arpentait les pavés des rues piétonnes du centre ville et explorait consciencieusement chacune des boutiques des brocanteurs, y découvrant ce qu’il appelait ses trésors. Parfois une vieille lampe ou un tableau poussiéreux, parfois un meuble mangé par les vers ou une vieille arme blanche toute rouillée. Cela faisait pourtant plus de six mois qu’il n’avait pas eu l’occasion de le faire.
Il avait déjà farfouillé dans ses trois magasins préférés. Il y avait déniché une vieille lampe qu’il trouvait superbe avec son abat jour en verre orangé et une vieille fourche de paysan, intégralement en bois et à demi édentée.
Il allait rentrer chez lui lorsqu’il aperçut une vitrine qu’il ne connaissait pas. Il s’approcha. Un grand panneau de carton, qu’une armure du Moyen-Âge tenait entre ses gants de fer, proclamait « Ouverture du magasin, Remise exceptionnelle de 20 % sur tous les articles »
La vitrine était encombrée d’un bric à brac invraisemblable. Chapeaux de l’époque coloniale, sabres d’apparat, petites commodes en bois précieux, vieux livres et au centre la grande armure qui portait un chapeau à plumes comme couvre-chef. Pour parachever ce décor et donner un sens au nom du magasin « La fée cabotine », des dizaines de petites fées étaient accrochées au plafond de la vitrine par de fins fils de nylon et semblaient voleter un peu partout.
Paul sourit « une vraie caricature de vitrine d’antiquaire » pensa-t-il. « Allons voir si le patron est un vieux Monsieur presque chauve avec de petites lunettes et une bedaine de bon vivant. »
Il poussa la porte, lançant un sonore « Bonjour » de sa voix grave. La tintement de la petite clochette accrochée à la porte fut la seule réponse qu’il obtint.
Alors qu’il refermait la porte, il fut frappé par l’odeur qui emplissait le magasin. C’était un mélange de vieux bois, de poussière et d’une senteur qu’il m’y quelques temps à reconnaître. Finalement, il trouva, l’odeur lui rappelait la senteur des fleurs des bois. C’est alors qu’il remarqua les bâtonnets d’encens qui brûlaient un peu partout.
« Voilà pour les fleurs des bois » se dit-il.
Il s’avançait lentement, contemplant ce que contenait le magasin, lorsque une jeune femme fit irruption devant lui.
« Bonjour cher premier client, avez vous besoin d’aide ? » La voix de la propriétaire était chaude, lumineuse, envoûtante.
« Et voilà pour le vieux propriétaire », se dit Paul un sourire aux lèvres.
« Non merci, je me contente de regarder. »
« Bien, si vous avez besoin de moi, je suis dans l’arrière boutique » répondit-elle, tournant les talons dans un tourbillon de mèches rousses.
« Comme les feuilles des arbres en automne » pensa Paul.
Le magasin était grand, plus grand qu’il ne le semblait de l’extérieur. Alors qu’il était occupé à feuilleter de vieux livres, Paul jeta un coup d’oeil vers la vitrine et se rendit compte qu’il faisait déjà nuit.
« Il est l’heure de rentrer ». Il prit sous son bras les quelques volumes qu’il avait décidé d’acheter et se retourna.
La vendeuse était là. Il sursauta légèrement.
« Je ne vous avais pas entendu »
« Pardonnez-moi si je vous ai fait peur, je voulais vous prévenir que nous fermions »
« Ha ? Je crois que je n’ai pas vu le temps passer »
La vendeuse esquissa un sourire « Vous prenez ces livres ? »
« Oui, combien vous dois-je ? » répondit-il en lui donnant les livres qu’il tenait.
La vendeuse prit les livres, les feuilletant.
« De bien jolis ouvrages » commenta-t-elle.
« Cela vous fait 130 euros » rajouta-t-elle en glissant les volumes dans un sachet en papier aux couleurs du magasins. Paul tendit les billets qu’il avait déjà sortis.
« Voilà et merci. »
« Merci à vous, n’hésitez pas à revenir et bonne soirée à vous Monsieur mon premier client »
Paul sourit, lui souhaita également une bonne soirée et se dirigea vers la sortie. Alors qu’il allait pour ouvrir la porte vitrée du magasin, un éclair roux attira son regard. Un rire de petite fille sembla tinter à ses oreilles. Intrigué, il se retourna, cherchant du regard ce qu’il pensait être une petite fille qui courait entre les meubles.
Son coeur rata un battement. Là, du fond du magasin, Krelme le regardait.
« Monsieu.. » commença Paul avant de se rendre compte que ce n’était pas son patron mais une tête d’élan empaillée qui le fixait.
Pourtant la ressemblance était frappante. Paul en oublia l’éclat roux, le rire enfantin et se rapprocha de l’élan.
« Stupéfiant » pensa-t-il. Les même bajoues ramollies qui pendent de chaque coté du visage, le même regard torve et haineux, la même forme de visage. Il avait vraiment l’impression de voir son chef.
« Un très vieux trophée de chasse, venant d’un des anciens ducs de la région, très bien conservé »
Paul sursauta à nouveau, encore une fois surpris par la vendeuse.
« Saisissant oui, il me rappelle mon chef, combien coûte-il ? »
« 450 euros »
« Trop cher pour moi » Paul laissa s’échapper un petit rire gêné « Et puis voir mon patron au boulot me suffit amplement. Vous m’aviez dit que vous fermiez, désolé de vous retarder. »
« Ce n’est pas grave »
« Au revoir »
« Au revoir Paul »
Paul sortit du magasin, encore retourné par la tête d’élan. Il lança un dernier coup d’oeil à travers la vitrine. La vendeuse était déjà repartie dans l’arrière boutique et seule la tête empaillée lui renvoya son regard.
« Bizarre que je ne l’ai pas vu en entrant » se dit-il. Haussant les épaules, il prit le chemin de son appartement.
Les jours passèrent, l’enfer continua. Comme prévu Krelme lui fit payer très cher le compliment qu’il lui avait dit. Les brimades se multiplièrent, les problèmes se succédèrent et à chaque fois que Paul manquait de s’énerver, son chef était là, prés à se saisir de la plus petite excuse pour le faire virer.
Pour couronner le tout, Paul n’arrivait plus à dormir. Il pensait sans arrêt à la tête d’élan. Elle peuplait chacun de ses rêves, hantait chacun de ses cauchemars. Parfois elle le poursuivait, parfois c’était son patron qui le poursuivait de ses injures. Mais dans ses rêves, son patron n’avait pas son vrai visage mais celui de l’élan.
Tout cela n’arrangeait pas son ulcère qui n’arrêtait pas de le lancer. Parfois, la douleur était si forte qu’il manquait d’en perdre conscience. Il ne pouvait alors rien faire d’autre que trembler de souffrance en fouillant ses poches ou son bureau pour chercher les comprimés que lui avait donné son médecin et qui soulageaient ses douleurs.
« Je n’en peux plus »
Paul avait donné rendez vous à Marc, un de ses amis d’enfance, dans l’un des bars où ils avaient leurs habitudes. Assis tous les deux autour de l’un des tonneaux de chêne qui servaient de tables dans l’établissement, ils sirotaient lentement leur bières.
« Toujours ton patron ? »
« Lui oui et aussi l’élan. »
« L’élan ? » demanda Marc, fronçant les sourcils d’incompréhension.
« Oui, une tête d’élan empaillée que j’ai vu chez la nouvelle antiquaire que j’ai découvert il y a quelques temps. »
Et Paul raconta tout l’histoire, décrivant la tête d’élan, la ressemblance frappante avec son chef, les cauchemars qui l’empêchaient de dormir avec la tête d’élan, toujours présente.
« C’est vrai que tu n’as pas l’air bien, tu es vraiment pâle et tu as de ces cernes, à faire peur »
« Je ne dors presque plus Marc, je ne sais plus quoi faire. »
« Tu sais quoi ? Je serais toi, je l’achèterais cette tête d’élan. Je l’accrocherais à un des murs de mon appartement et tous les soirs je l’insulterais en imaginant que c’est mon patron, je lui lancerais des fléchettes, je lui cracherais dessus. Tu vois le truc ? » répondit Marc en éclatant de rire, se moquant gentiment de Paul.
« C’est peut-être une idée, tu as raison » répondit Paul, qui lui était sérieux.
« Hé, je plaisantais. Tu devrais penser à prendre des vacances ou à changer de boulot »
« Tu sais bien que je ne peux pas Marc »
« Bon alors, trouve toi une fille. Tu sais, Sophie à une cousine qui vient de divorcer, je pourrais… »
« Arrête avec tes conneries Marc, parle moi plutôt de ta fille, comment se porte ma petite filleule ? »
« Bien, elle nous empêche juste de dormir vu qu’elle fait ses dents »
Pendant les jours suivants, la conversation avec Marc poursuivit Paul. Après tout, Pourquoi pas ? pourquoi ne pas acheter cette tête d’élan, se disait-il. Bien entendu, il n’allait pas lui cracher dessus ou l’insulter, ce serait puéril. Mais il pouvait l’acheter, juste l’acheter pour l’accrocher dans son salon.
Le samedi suivant, dès neuf heure du matin, il était déjà devant la vitrine du magasin. Fouillant la vitrine du regard, il ne trouva pas la tête d’élan. Craignant le pire, serrant les dents pour ne pas se plier de douleur suite à une nouvelle crise de son ulcère, il ouvrit la porte d’une main tremblante.
La même odeur le frappa à nouveau. Délicate odeur de sous bois, de fruits rouges et de fleurs des champs qui lui emplissaient les narines.
« Bonjour, est ce qu’il y a quelqu’un ? » demanda-t-il en s’avançant.
« Bonjour Monsieur mon premier client ».
Il reconnut tout de suite la voix de la patronne. Elle apparut d’ailleurs, tenant la tête d’élan.
« Vous venez l’acheter, n’est ce pas ? » ajouta-t-elle.
Paul, lorsqu’il vit la tête d’élan, laissa malgré lui échapper un long soupir de soulagement.
« Oui, en regardant à travers la vitrine, je ne l’ai pas vu, j’ai cru que vous l’aviez vendu »
« Non, je savais que vous reviendrez la chercher alors je l’avais mise dans l’arrière boutique. »
« Oh… » Paul ne savait plus quoi dire, soudain bizarrement empli de joie. « Merci de l’avoir fait »
« Ce n’est rien, mon premier client a bien droit à quelques petites faveurs » répondit la vendeuse, en laissant échapper un petit rire.
La tête d’élan trônait sur son mur, bien au centre. Paul se tenait devant elle, mains sur les hanches, fier de son travail. Il avait même réussi à l’accrocher droit.
« Alors salopard, ça fait quoi d’être accroché à mon mur ? Tu fais moins le fier là maintenant hein connard ? »
C’était sorti tout seul. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il avait insulté la tête d’élan. Il allait se traiter de fou lorsqu’il se rendit compte qu’il se sentait bien mieux maintenant, beaucoup moins stressé, que ses douleurs d’estomac s’étaient tues.
« Après tout, pourquoi pas » se dit-il.
Et les insultes se mirent à pleuvoir, encore et encore, jusqu’à ce qu’il n’est plus de salive, jusqu’à ce que sa gorge lui fasse mal. Ensuite, pour la première fois depuis des années, Paul dormit d’un sommeil de bébé, sans aucun cauchemars.
Deux mois passèrent. Paul n’était plus le même homme. Au boulot, il était serein, toujours souriant, ne faisant plus aucun cas des colères ou des menaces de Krelme.
« Allez Paul, dis nous comment tu fais, tu as des appuis hauts placés ? »
Paul était à la cafétéria de son cabinet d’architecte, attendant que son café soit prêt. Laurent et Matthieu, deux de ses collègues, le pressaient de questions depuis quelques jours. Ils voulaient savoir, connaître eux aussi le secret de son tout nouveau calme. Cette fois, c’était Laurent qui était revenu à la charge.
« Mais non, vous vous imaginez des choses tous les deux. Il n’y a rien de changé, j’ai juste décidé de prendre les choses plus sereinement » répondit Paul.
« Bien sûr, bien sûr » attaqua Matthieu. « Prendre sereinement les réflexions de Krelme. Arrête, on y croit pas. Ou alors tu t’es fait prescrire des cachets ? C’est ça ? Des calmants ou un truc dans le genre ? »
« Mais non, puisque je vous dit qu’il n’y a rien »
Mais les deux comparses ne s’arrêtèrent bien évidemment pas. Chaque jour, ils continuèrent à poser questions sur questions, à espionner Paul, à l’épier, à tenter de le surprendre en flagrant délit de prise de cachets.
Si bien que Paul finit par craquer.
« Bon vous avez raison, j’ai un truc. Si je vous le dit, vous me laisserez en paix ? Et vous garderez cela pour vous ? »
Laurent et Matthieu échangèrent un regard. « Bien entendu Paul. Tu sais que nous ne sommes pas des commères. »
« Bon, alors, voilà. Il y a quelques mois je fouinais chez un antiquaire et j’ai vu cette tête d’élan… »
Et Paul leur raconta tout. L’achat, la première fois qu’il avait insulté la tête empaillée puis les insultes quotidiennes, les crachats, les brûlures de cigarettes, les jets de fléchettes.
Lorsqu’il eut finit, les deux compères échangèrent à nouveau un regard.
« Hé bien, qui aurait cru.. » fut la seule chose que Laurent trouva à dire.
« Ton antiquaire n’en aurait pas une deuxième par hasard ? Pour moi ? » demanda Matthieu en riant.
« Non, elle n’en avait qu’une » répondit Paul qui regrettait déjà d’avoir parlé.
« Vous me croyez fou » rajouta-t-il.
« Mais non voyons, ce n’est pas commun comme histoire mais cela ne fait pas de toi un fou » répondit Laurent.
Inquiet, Paul rappela « Vous avez promis de ne rien dire. Si cela parvenait aux oreilles de Krelme, je suis fichu. »
« Mais ne t’inquiète pas voyons, nous sommes amis n’est ce pas Paul ? » le rassura Matthieu.« Nous ne dirons rien » rajouta-il.
« Oui nous ne dirons rien » appuya Laurent. « Mais, tu ne voudrais pas nous la montrer, ta tête d’élan ? »
Paul sentit son coeur s’arrêter et des gouttes de sueur froide lui couler dans le dos. C’était sa tête à lui, ils voulaient lui voler, sa tête à lui dont il avait tant besoin.
« Non… Non, c’est la mienne. Je vous en ai déjà trop dit. J’ai du travail » Paul sorti de la cafétéria, oubliant son café, s’enfuyant plus qu’il ne sortait, sans comprendre pourquoi l’idée de montrer la tête d’élan à quelqu’un d’autre que lui était si intolérable.
Tout le service était en ébullition. La réunion finale du projet Brutek devait se tenir le lendemain. Paul savait qu’il allait devoir travailler toute la nuit. Krelme était en train de vérifier les derniers plans que Paul lui avait envoyé.
Paul se doutait que Krelme n’allait pas tarder à le convoquer pour lui demander de faire, encore, des modifications de dernières minutes. Mais cela ne le troublait plus. Ce matin, il avait patiemment enfoncé une douzaine de longues aiguilles à tricoter dans la tête d’élan, en imaginant qu’il faisait subir ce traitement à son chef, s’offrant ainsi une longue journée de calme olympien.
La pendule du bureau venait d’afficher 23h30. Il n’y avait plus que Paul et Krelme dans le bâtiment. Paul faisait les dernières modifications sur une partie mineure des plans. La sonnerie stridente du téléphone interne faillit lui faire raturer son trait.
« Monsieur Paul, venez dans mon bureau je vous prie. » C’était Krelme, bien entendu.
« J’arrive » Paul raccrocha, mal à l’aise. Son patron lui avait semblé joyeux, bien trop joyeux. Quelque chose n’allait pas. Pour se calmer, il pensa au stock d’aiguilles qui lui restait, aux insultes dont il pourrait bientôt abreuver la tête d’élan.
Lorsqu’il entra dans le bureau de Krelme, celui-ci se tenait debout, derrière son bureau, une grande tasse de café à la main.
« Asseyez vous, Monsieur Paul »
Paul obéit, remarquant que la majeure partie des plans qu’il avait réalisé pour le projet Brutek se trouvaient étalés sur le bureau de son patron, essayant de voir de son fauteuil ce qui n’allait pas, ce qu’il allait devoir refaire dans l’urgence au cours de la nuit.
« Ce sont bien vos plans ? » demanda Krelme avec une voix doucereuse, pleine de miel.
« Oui, monsieur, ce sont mes plans »
Krelme vida alors sa tasse de café, lentement, sur la liasse de plan étalé sur son bureau, y prenant visiblement beaucoup de plaisir. Son regard brûlait de haine tandis qu’il détruisait ainsi le travail de Paul.
« Mais que faites vous ? » hurla celui-ci
« Je sais tout » répondit Krelme, froidement calme.
« Je sais tout sur vous, sur votre ridicule tête d’élan, sur la façon dont vous l’utilisez.
Vous n’êtes qu’un fou, qu’un pauvre fou. Et vous allez être viré pour avoir saccagé les plan du projet Brutek. »
« Mais, c’est vous qui venait de .. » tenta de contrer Paul.
Krelme rit, un long rire mauvais, cruel.
« Prouvez le. Cela sera votre parole contre la mienne. Et quand tout le monde saura pour votre tête d’élan, votre parole ne vaudra plus rien »
« Mais je ne vais pas m’arrêter à ça » poursuivit Krelme.
« Je vous ferai virer, mais ensuite, je vous ferai interner comme le dangereux fou que vous êtes. Et je ferai brûler cette horreur de tête d’élan. »
Lorsqu’il entendit ces mots, quelque chose se brisa en Paul. Non, il avait trop besoin de la tête d’élan. Il ne pouvait pas vivre seul, sans elle.
Sans se rendre compte de ce qu’il faisait, il se leva, pris un des T d’architecte en acier posé contre le bureau et dans un rugissement de colère, frappa, encore et encore. Il frappa jusqu’à ce qu’il ait mal aux bras, jusqu’à ce qu’il soit recouvert de sang.
« Monsieur Luksi, c’est la gendarmerie. Ouvrez où nous enfonçons la porte »
Un rire fou et une bordée d’insulte « Sale petit connard de fils de pute, tu voulais me faire virer. Tu pensais être plus fort que moi » fut la seule réponse que reçut l’équipe de la force d’intervention spéciale de la gendarmerie.
Monsieur et Madame Luksi, retraités, habitaient un petit pavillon cossu en campagne. Madame Luksi ne s’était jamais remise du départ de son fils pour la ville. Elle tenait donc propre la chambre de son ‘bébé’ pour les trop courts moments que Paul revenait passer à la maison. Noël n’était pas attendu avant trois mois, mais déjà elle avait acheté et emballé les cadeaux pour son fils et les avaient déposés sous le lit de celui-ci.
Monsieur et Madame Luski avaient un emploi du temps journalier strict et qui ne souffrait pas de changement. Chaque jour, après le déjeuner qui se finissait vers 12h50, ils s’installaient devant leur poste de télévision, avec leur deux chats et une tasse de thé miel-citron. Ils regardaient alors le journal télévisé puis faisaient une légère sieste avant de jouer quelques parties de Scrabble, parties que Madame Luksi gagnait invariablement.
Pourtant pour la première fois depuis plus de dix ans, ils étaient en retard. Ce jour là en effet, la voisine était venue juste avant le repas pour leur raconter que son petit-fils allait devenir avocat, qu’il avait réussit un examen très difficile, qu’il serait bientôt riche et à n’en pas douter bientôt marié à une belle et intelligente femme. Il était donc 13h15 lorsque Madame Luksi alluma le poste de télévision, sa tasse de thé chaud à la main.
Comme à chaque fois qu’on l’allumait, le poste de télévision, antique machine qui aurait plus été à sa place dans un musée de l’audiovisuel plutôt que dans le salon d’une maison, même une maison de retraités, se mit en marche avec le volume sonore à zéro. Madame Luski ne vit donc que la photo de son fils en haut à droite de l’écran, tandis que le présentateur parlait sans être entendu.
« Papa, vient vite, Paul passe à la télévision.
Je savais bien qu’il allait être célèbre, je lui ai toujours dit. »
« Mais dépêche toi, tu vas tout rater » cria-t-elle de sa petite voix aigu en cherchant la télécommande, cachée sous un coussin, pour monter le son.
La télécommande retrouvée, la voix du présentateur se fit enfin entendre.
« Paul Luksi, l’architecte fou qui aurait tué son patron en le décapitant… »
Le bruit clair d’une tasse qui se brise et celui, sourd, d’un corps qui tombe résonnèrent alors dans le petit salon. Le présentateur, indifférent à ce qui se passait dans le petit salon de la petite maison continua tranquillement de parler, donnant de plus ample information sur ce meurtre plus qu’inhabituel.
« …aul Luski a été appréhendé ce matin à son domicile par les forces de police. La tête de son patron a été retrouvé sur les lieux. Paul Luksi, ayant apparemment cédé à la folie, avait fixé la tête de sa victime au mur, la couronnant de deux bois de cerf. Lorsque les forces de polices ont fait irruption chez lui, il était en train d’enfoncer des aiguilles à tricoter dans les yeux de la tête de son patron tout en l’insultant. Il a fallu toute la force des six gendarmes présents pour le ceinturer.
Nous passons maintenant à notre reportage sur les préparatifs d’Halloween ».
C’est le moment que choisit le poste de télévision pour se détraquer à nouveau et remettre le son à zéro. Le reportage sur Halloween passa donc, en silence, sans que personne ne le regarde. Pendant ce temps, les chats se frottaient au corps de leur maîtresse en léchant le thé répandu sur le sol. On n’entendit plus que leurs ronronnement de bonheur jusqu’à ce que :
« Maman, tu sais ou j’ai mis mes appareils pour entendre, je ne les trouve plus, ils ne sont pas dans le petit placard… »
Lorsqu’ils enfoncèrent la porte, les gendarmes trouvèrent Paul Luksi en train d’enfoncer une longue aiguille à tricoter dans ce qu’ils prirent tout d’abord pour une tête d’élan accrochée au mur.
En fait, et la presse le lendemain ne se priva pas de donner tous les détails, Paul avait détaché la tête d’élan de son socle et lui avait sciée les bois. Il les avait ensuite ficelés avec du fil de fer à la tête de Richard Krelme qu’il avait ramené avec lui . Il avait alors cloué la tête de son ancien chef au socle en bois et c’était celle-ci qu’il insultait en lui enfonçant une aiguille à tricoter dans l’oeil gauche lorsque les gendarmes l’appréhendèrent.
Mort d'un sombre seigneur.
Je connaissais Laurel K Hamilton, surtout pour sa série Anita Blake, chasseuse de vampire dont j’ai tout les poches sortis à ce jour chez Milady (faudra que je fasse une review d’ailleurs). Cycle de bouquin pas trop mal mais très très Bit-Lit … (j’en dirais plus sur la review que je consacrerais au cycle).
Mais donc j’avais un petit a priori en achetant Mort d’un Sombre Seigneur. A-priori pas du tout dissipé par la lecture de la quatrième de couv trop lapidaire pour donner une quelconque indication. La couverture par contre bien que super bizarre, voir incompréhensible semblait promettre quelque chose d’un peu noir, glauque…
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Et effectivement, je ne fus pas déçu. J’avais peur d’un conte pour adolescente, j’ai eu le plaisir d’avoir droit à un bon cauchemar bien sombre. L’intrigue de départ est ’simple’. Un monde qui redoute la sorcellerie, des chasseurs de mage qui passent leur vie à traquer les mages pour les occire. Mais même si tout semble simple, au fur et à mesure de la lecture, les choses se compliquent, et de plus en plus de question se posent :
Qui sont les vistani ?
Le pays de Kartakass est il vivant ?
Est ce lui qui corrompt la magie ?
Et tellement d’autre …
Mais revenons au petit résumé de l’histoire. Un pays qui déteste la magie, des monstres par dizaine, zombies, loup-garou, mage fou, des chasseurs de mages organisé dans une société secrète et … au milieu de tout cela, deux jumeaux, frère et soeur Blaine et Elaine qui vivent plus ou moins paisiblement chez l’un des chasseurs de mages les plus réputés de la contrée. Tout se complique lorsque la jeune Elaine découvre qu’elle possède des pouvoirs magiques. Peut-elle faire confiance à sa magie ? Arrivera-t-elle à ne pas se faire rejeter par sa famille ? Sera-t-elle corrompu par ses pouvoirs ?
Le livre est une lente descente au enfer pour tout les personnages. Désillusion, mort, trahison, parjure, doute, voilà quelques-unes des épreuves que devront affronter les pauvres héros de ce cauchemar et autant le dire tout de suite, la plupart s’y perdront. D’ailleurs le ton est donné lorsque des les premières pages du livre le héraut de ‘Bien’, de la chasse au démon et à la magie noire, pactise avec celui qui pourrait être le diable, accepte d’utiliser la magie la plus sombre qui soit seulement pour pouvoir vivre un peu plus. Et quand, par hasard, l’espoir semble apparaître, ce n’est bien souvent que pour pouvoir démoraliser un peu plus un des personnages lorsque la réalité lui arrachera sans délicatesse.
Un livre à lire donc et vraiment différent de tout ce que j’avais pu lire avant de l’auteur.
La Nef des fous
La première chose qui m’a frappé en voyant ce bouquin, ce fut la couverture. Elle est tout simplement magnifique. C’est une couverture qui vous appelle, qui vous pousse à acheter le bouquin, qui vous promet de longs moment de bonheur en vous susurrant ‘un bouquin avec une aussi belle couverture ne peut pas être un mauvais bouquin.. il faut que tu découvre ce que je cache, achète moi …’
Bien entendu, j’ai craqué à l’appel de la sirène couverture. Surtout lorsqu’en lisant la quatrième de couv, j’ai vu que la Nef des fous avait reçu le prix Philip K Dick. En général, je me méfie des prix. J’ai encore en mémoire la désillusion occasionnée par la jeune détective et autres histoires étranges, l’un des plus mauvais recueil de nouvelle que j’ai pu lire. Mais le prix Dick, je lui fait confiance.
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Et encore une fois, je n’ai pas eu tort. L’idée de base est toute simple, presque éculée. Un vaisseau spatial qui parcoure l’immensité de l’espace depuis… personne ne le sait. Personne ne se rappelle d’ailleurs plus non plus pourquoi le vaisseau parcours l’espace. L’Argonos, puisque c’est le nom du vaisseau, est devenu une sorte de hollandais volant, perdu, sans port d’attache voguant de planète en planète, dans une quête sans fin d’un … quelque chose.
A son bord, des milliers de personnes y vivent au sein d’une société presque féodale avec une ‘noblesse’, un ‘petit peuple’ et un capitaine dont la charge se transmet de père en fils. Au sein de l’équipe dirigeante, deux hommes luttent l’un contre l’autre depuis des décennies, l’évêque qui aimerait bien être à la fois évêque et capitaine et le capitaine, qui lui ne veut pas perdre son poste et son pouvoir.
Au milieu de tout cela, Bartoloméo, le conseiller du capitaine, qui compense son physique plus que déficient par une intelligence vive. Enfermé dans son exosquelette, il navigue dans les intrigues, essayant de survivre tant à ses ennemis qu’à ses amis.
Mais tout change lorsque le vaisseau croise la route d’une planète, Antioche comme la baptisera l’évêque. Antioche dont les habitants ont été effroyablement massacré. Un massacre qui devient alors un des personnages principal du livre. Il peuplera les cauchemars de certains, restera dans les mémoires des autres, ferra naitre de lancinantes questions ‘qui a fait cela, pourquoi ?’, un massacre qui réussira presque à faire disparaître le vaisseau et ses occupants. Mais j’en dis déjà presque trop…
Très classique me direz vous. Et vous auriez raison, même le final n’est pas vraiment surprenant. Mais, n’empêche le bouquin est prenant. Il se dévore, page après page et l’on suit Bartoloméo, vivant avec lui chacune des épreuves qu’il traverse, suivant ses cogitations, partageant ses doutes et ses angoisses.
Le début de la fin
Le début de la fin est le quatrième (et à ce jour dernier) tome des aventures de Thursday Next. Je dois avouer être passé complétement à coté de sa sortie et ce n’est qu’en aout, alors que je furetais à la Fnac de Strasbourg (une des plus jolie Fnac que je connaisse d’ailleurs, je ne manque jamais d’y aller quand je suis de passage là bas) que je suis tombé sur le bouquin. (Pour être tout à fait exact c’est ma chérie qui l’a vu et qui me l’a montré.. sans elle, je ne l’aurais peut-être pas encore lu).
Aussitôt vu, aussitôt acheté.
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Entre le tome 3 et le tome 4, 14 ans ont passé. Friday, le premier enfant de Thurs est donc maintenant un vrai ado, avec toutes les caractéristiques des ados, molasson, ne s’intéressant à rien à part son groupe de musique de garage. Pourtant la chronogarde tente toujours de le recruter. Selon eux il doit sauver le monde un nombre incalculable de fois, sans parler qu’il est vital pour le futur, le présent et le passé de la chronogarde qu’il soit recruté. Pourtant il continue à refuser et à s’entêter à vouloir rester le stéréotype parfait des ados.
Mais un garçon ado (et deux petites filles adorables) sont loin d’être les seuls problèmes de Thursday. Un chamboulement sans précédent s’apprête à secouer le monde des livres, la mise en place d’un livre interactif, sensé booster le nombre de lecture, qui s’écroule de plus en plus. Un livre interactif… quel hérésie.. et si Goliath était derrière tout cela ?
Thrusday devra encore une fois s’occuper de tout et du reste, tout en essayant de former les deux stagiaires de la brigade du livre qui lui ont été attribués. Deux stagiaires qui se trouvent être elle-même et elle-même , deux versions différentes de l’héroine de livre Thrusday Next.
Ce quatrième tome il faut le dire ne manque pas de charme. La mise en abime avec les bouquins racontant les aventures de Thrusday et les ‘autres’ Thrusday est parfaitement croustillante. Quand au rythme il reste le même, toujours aussi trépidant. L’humour présent si ce n’est à chaque phrase, mais au moins à chaque page ne change pas lui non plus. Pas trop ‘lourd’, pas trop visible mais toujours là, faisant naitre un sourire sans qu’on s’en rende vraiment compte. Pour ne rien gâcher, de vieux personnages reviennent faire un petit tour dans ce tome et la fin est tout simplement excellente.
Pourtant, j’ai lu ce tome là avec plus de ‘difficulté’ que les autres. Alors que je dévorais les autres, sans reprendre mon souffle, page après page, j’ai mis plus de temps pour lire celui-ci, allant même jusqu’à faire une pause pour lire un ou deux autres bouquins avant de le finir.
Il n’est pas moins bon que les autres, ça non. Mais je ne sais pas, peut-être est ce la sensation de répétition, de lassitude envers ce monde presque trop vivant et bruyant qui commence à se faire sentir.
Ça me m’empêchera pas d’acheter le cinquième tome si un jour il sort, mais c’est clairement un signe, pour un moi en tout cas, qu’il ne faudrait pas qu’il y est trop d’autre volume. Je ne voudrais pas qu’un de mes cycles de bouquins préférés finisse comme la saison 4 de prison break …
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